mercredi 5 janvier 2011

Bonne année 2011

Écoute : l’année serait chaotique et rocailleuse comme un volcan qui se racle la gorge.
Mais demain peut être une magnifique éruption de la colère des peuples.
L’année serait terrible et sanglante et affamée, une horde de banquiers hurlant au cœur de l’hiver, la faim de l’or au ventre.
C’est d’eux que parlait le jeune Étienne de La Boétie, il y a quatre cent cinquante années :
« Il ne peut y avoir d’amitié là où est la cruauté, là où est la déloyauté, là où est l’injustice ; et entre les méchants, quand ils s’assemblent, c’est un complot, pas une compagnie ; ils ne s’entraiment pas, mais ils s’entrecraignent ; ils ne sont pas amis, mais ils sont complices. »
Ils mourront dans la tristesse et l’ignorance de notre partage.
L’année serait stérile comme un désert lunaire.
Mais songe à la beauté, à la grandeur d’un paysage où s’écrit l’histoire de l’univers en traces de météores dans la poussière.
L’année serait gluante et cauteleuse comme un discours de l’innommable.
Mais l’innommable est éphémère et la contemplation est un acte.
Regarde encore : l’année serait ce que nous en ferions.
Une année à regarder le soleil en face, en devenir aveugle un instant rouge sang, et puis, au moment où la vue revient, par éclairs sombres, rire au milieu des larmes de lumière.
Je n’entends pas l’oiseau marcher dans la neige mais au matin venu je verrai les traces de ses pas et je saurai qu’il est venu.
L’année serait un oiseau rouge marchant dans la neige.